François-Xavier LEDOUX o.p.

François-Xavier Ledoux est Dominicain au couvent de l'Annonciation, 222 rue du faubourg Saint-Honoré à Paris 8e. Il est chantre et organiste de sa communauté. Il collabore aux revues Voix Nouvelles et Magnificat. Il est membre du comité de rédaction de La Vie Spirituelle, de l'Association Internationale de Liturgie Universa Laus et de l'équipe des Éditions du Cerf, doctorant en théologie sacramentaire et liturgie à l'Institut Catholique de Paris. Depuis septembre 2007, il préside la Commission Liturgique francophone dominicaine.

"La musique aussi participe à l'annonce de l'Évangile", dit François-Xavier Ledoux, interviewé le 10 décembre 2009.


Du 9 au 13 avril 2007, François-Xavier Ledoux a participé à 5 interventions sur France Musique dans l'émission Au Bonheur des Gammes sur le thème Musique et liturgie en France depuis le Concile Vatican II. "Depuis la réforme liturgique voulue par le Concile Vatican II, plusieurs compositeurs français contemporains de renom se sont intéressés à la création musicale pour servir le chant d'Eglise dans le culte catholique. Ce renouveau, initié dès les années 50, s'est accompagné d'une redécouverte des psaumes, à l'origine du chant chrétien, et d'une création euchologique à laquelle se sont associés quelques poètes éminents, comme Patrice de La Tour du Pin. Il existe donc aujourd'hui en France, à côté de musiques dites 'sacrées' ou 'religieuses', tout un répertoire de musiques et de chants liturgiques de grande qualité au service du Mémorial et de la louange de Dieu".
1 - "Le renouveau du chant en français dans le culte catholique au moment de la réforme liturgique du Concile Vatican II". Au courant des années 50, les multiples courants de renouveau liturgique, biblique, théologique, patristique et œcuménique vont susciter la création d'un nouveau répertoire de chants en français, à côté du chant grégorien. Puis, avec la réforme liturgique du Vatican II, un changement important s'opère : le chant devient un lieu majeur de la participation active des fidèles dans la liturgie. Pierre Faure, jésuite, diacre, ayant occupé longtemps une responsabilité nationale au niveau de la liturgie et de la musique d'Eglise, a retracé cette évolution.
2 - "Répertoire monastique et répertoire paroissial". Bernadette Mélois, responsable de la musique liturgique pour le diocèse de Paris, rédactrice en chef de la revue Magnificat, a évoqué le travail de création de certains auteurs et compositeurs pour le répertoire liturgique en français dans les monastères et des paroisses.
3 - "Répertoire de cathédrales et de grands rassemblements". Jean Michel Dieuaide, orgnaniste et chef de chœur, auteur de plusieurs compositions liturgiques, ancien directeur de l'association Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris et maître de chapelle de la cathédrale, aujourd'hui Président de l'Association Nationale des Chorales Liturgiques, et inspecteur de la musique de la ville de Paris, a dressé un panorama des répertoires utilisés dans les maîtrises de cathédrales et au cours des grands rassemblements d'Eglise.
4 - "L'improvisation d'orgue et d'accompagnement dans la liturgie". Une nouvelle génération d'organistes s'est aujourd'hui appropriée paisiblement la liturgie de Vatican II, mettant tout leur art et leur savoir-faire au service de l'accompagnement et de l'improvisation. Pascal Marsault, organiste à Saint-Ignace à Paris et professeur d'orgue au CNR de Toulon, a parlé de cette tradition de l'art de l'improvisation dans la liturgie et comment il la conçoit dans le cadre de la messe.
5 - "Créations contemporaines de musiques liturgiques". La liturgie en français demeure une source d'aspiration pour un certain nombre de compositeurs contemporains, comme en témoignent les nombreuses créations de messes et d'offres, de cantates et d'oratorios qui jalonnent les dernières décennies depuis Vativan II : J. Berthier, T. Escaich, X. Darasse, J.-L. Gand, J. Gelineau, M. Godard, J.-P. Leguay, F. Vercken, C. Villeneuve, etc., sont autant d'exemples variés de ces compositeurs toujours à la recherche d'expressions musicales actuelles du mystère de la foi dans le culte catholique.

Responsable du Département Musique du SNPLS (Service National de Pastorale Liturgique et Sacramentelle), François-Xavier Ledoux évoque les défis à relever pour l'Église de France dans ce domaine.
Une réunion nationale des diocésains de musique s'est tenue dernièrement à la maison de la Conférence des Evêques de France. Quel est l'état des lieux ?
La palette des situations est large, mais notre réflexion s'est orientée selon un axe principal, celui du rapport culture et évangélisation en lien avec la Pastorale du tourisme et l'art sacré. Face aux pouvoirs publics qui ont restauré des églises et des orgues, comment les acteurs musicaux de nos paroisses peuvent faire vivre ce patrimoine et participer à la transmission de la culture chrétienne, tout particulièrement dans les églises souvent fermées ? Il y a sans doute, là où c'est possible, encore beaucoup de collaborations à inventer avec, par exemple, des conservatoires ou des écoles de musique... Côté liturgie, dans des secteurs où les célébrations eucharistiques sont rares, des veillées de prière, un office de la liturgie des heures, ou une célébration de la Parole, pourraient, par exemple, être autant d'occasions pour les musiciens d'Église de soutenir la vie de prière des communautés chrétiennes. Cela ne peut remplacer bien évidemment la messe dominicale, mais peut servir de relais, à d'autres moments, pour aider la communauté locale à se rassembler et à témoigner de sa foi. C'est sûr que, pour beaucoup de paroisses, les urgences ne manquent pas ; pourtant, la musique sacrée et liturgique participe aussi pleinement à l'annonce de l'Évangile.
La création de chants liturgiques est-elle importante ?
La production reste foisonnante, mais depuis 1995, l'Épiscopat a souhaité faire un tri, en proposant chaque année une promotion de chants jugés selon plusieurs critères : la justesse théologique de l'expression de la foi, la qualité littéraire et musicale, l'adéquation entre musique et texte, l'adaptation au moment rituel de la célébration et à la période liturgique. Le défi est de faire comprendre aux auteurs et aux compositeurs, quel que soit leur style, qu'écrire pour la liturgie nécessite un vrai métier et une vraie formation, comme d'ailleurs pour tous les autres musiciens d'Église. Car la musique et le chant liturgiques ont pour vocation de contribuer à faire monter l'action de grâce des fidèles formant la voix même du Corps du Christ qui fait monter sa louange ou sa supplication vers son Père. Se mettre au service du chant et de la musique dans la liturgie est donc d'une très grande responsabilité.
Quels sont les outils mis à disposition des communautés chrétiennes et des musiciens d'Église ?
Pour les chants, en plus de la promotion épiscopale annuelle, il existe désormais, depuis 2001, un corpus de base validé par les évêques francophones et intitulé Chants Notés de l'Assemblée (le CNA, Bayard), que les fidèles de chaque paroisse pourraient avoir en main au cours des liturgies : il comprend tous les psaumes et les chants nécessaires pour l'année liturgique et les différents sacrements ; et il est accompagné d'un guide pastoral "Chanter en assemblée" (Cerf, 2005), pour les animateurs, et d'un CD-ROM avec, pour les organistes qui en auraient besoin, des accompagnements d'orgue simples à 2 et 3 voix, soit plus de 800 chants du CNA. Côté formation, plusieurs centres ou instituts proposent des parcours (Paris, Toulouse, Angers, Sainte-Anne d'Auray, etc.), sans parler de certaines Maîtrises. L'été, de nombreux stages possibles sont proposés par nos associations partenaires, l'ANFOL (Association Nationale des Organistes Liturgiques), l'ANCOLI (Association Nationale des Chorales Liturgiques) ou la FFPC (Fédération Française des Petits Chanteurs). Vous les retrouvez sur le site du SNPLS, plus particulièrement sur la page musique qui vient d'être réorganisée. Vous y trouvez des articles de fond, mais aussi de nombreuses informations sur ce qui est proposé et se vit dans les diocèses en matière de musique liturgique et sacrée. Tous ceux qui le souhaitent sont d'ailleurs invités à faire remonter ces informations, non seulement dans le domaine de la musique, mais aussi dans celui de l'art sacré et de la pastorale sacramentelle et liturgique. L'idée est de favoriser un partage d'expériences et d'initiatives, en matière de formation liturgique, de réalisations pastorales, artistiques et musicales.